L'Autorisation — Al-Idhn (الإذن)

Source : Cours 24 — Institut ELI-K-SIR

Principe fondamental

L'autorisation (idhn إذن) vient exclusivement d'Allah. Le maître ou transmetteur est simplement là pour instruire, préparer et protéger — nullement pour autoriser ce qu'Allah a enjoint.

10/3 : مَا مِن شَفِيعٍ إِلَّا مِن بَعْدِ إِذْنِهِ — Il n'y a d'intercesseur qu'avec Sa permission.

L'autorisation à intercéder revient à être maître spirituel, entre autres. Ce qui n'est possible qu'avec l'autorisation d'Allah — une autorisation humaine exclusive sans autorisation divine n'a aucun poids dans ce domaine.


Deux types de Mandat (المنداة)

René Guénon développe la notion de « Mandat du Ciel » (Tien-ming en chinois) :

TypeNatureCaractéristique
Mandat directReçu verticalement de DieuLe plus sûr, complet, primordial — effectif et directement opératif
Mandat indirectReçu d'un homme qui l'a lui-même reçuPerd de sa profondeur à chaque transmission successive

Le cas le plus favorable : Mandat reçu divinement (verticalement) et confirmé humainement par un maître.

Guénon : « La tradition musulmane enseigne que la barakah (البركة) peut se perdre ; dans la tradition extrême-orientale, le mandat du Ciel est révocable lorsque le souverain ne remplit pas ses fonctions en harmonie avec l'ordre cosmique. »


L'exemple de Darqāwī

Le sheikh al-ʿArabī ad-Darqāwī raconte dans sa lettre 69 :

Désirant recevoir l'autorisation directement de Dieu et de Son Envoyé, il implore avec ferveur. Un jour, dans un lieu isolé, en état d'extrême ivresse et sobriété à la fois, il entend une voix surgir de tout son être : « Rappelle-[leur]. Le Rappel est bénéfique aux croyants » (Coran 52/55).

Son coeur s'apaise. Il sait que ces paroles viennent de Dieu et de Son Prophète — il est dans les deux Présences : seigneuriale et prophétique.


Doit-on demander une autorisation ?

  • Pour la prière, le jeûne, etc. : non
  • Pour le dhikr : non — pas besoin d'autorisation humaine pour recourir aux moyens donnés divinement
  • Pour se mettre en quête d'al-Ḥaqq : non

Un homme peut nous aider, nous conseiller, nous protéger — mais nullement nous interdire d'aller à Dieu ou de recourir aux moyens donnés divinement.

Le Prophète dit : « Transmettez de ma part ne serait-ce qu'un verset » — c'est une autorisation générale, la condition étant de transmettre correctement.

10/108 : وَمَا أَنَا عَلَيْكُم بِوَكِيلٍ — Je ne suis nullement votre tuteur.


L'autorisation comme opérativité

L'autorisation est synonyme d'opérativité, de fonctionnement, de transmission de moyens permettant de réaliser ce pour quoi on est autorisé.

5/110 — verset sur ʿĪsā : toutes les actions miraculeuses du Christ sont faites bi-idhnī (بِإِذْنِي — par Ma permission) : façonner l'oiseau d'argile, guérir l'aveugle-né, ressusciter les morts.

12/108 : قُلْ هَٰذِهِ سَبِيلِي أَدْعُو إِلَى اللَّهِ عَلَىٰ بَصِيرَةٍ — Dis : voici ma voie, j'appelle les gens à Allah sur une vision du coeur (intuitive)

La connaissance intuitive, la réception de l'enseignement de la part du Seigneur est un incontournable. Un maître est là pour rendre autonome, non pour rendre dépendant.


Liens

  • [[ibada-adoration]] — L'adoration
  • [[../soufisme/introduction-soufisme]] — Introduction au soufisme
  • [[../personnages/darqawi]] — Darqāwī
  • [[../soufisme/khalwa-retraite-spirituelle]] — La Khalwa