Sidī Abū Madyan Shuʿayb al-Maghribī (أبو مدين شعيب)

Source : Cours 47 — Institut ELI-K-SIR 510 H — 590 H (≈ 1126 – 1198 EC) — Al-Ghawth, « le Sauveur »

Identité

Nom complet : Shuʿayb ibn al-Ḥusayn al-Anṣārī al-Andalusī, dit Abū Madyan al-Maghribī.

Titres : Qutb al-Aqtāb (قطب الأقطاب — pôle des pôles), Sayyid al-Sādāt (maître des maîtres), al-Ghawth (الغوث — Sauveur, Grand Secours).

Origine et vie

Né dans la forteresse de Kantiliana (~30 km de Séville, route de Cordoue), début du VIᵉ siècle de l'Hégire. Généalogistes : parfois Anṣār de Médine, parfois lignée prophétique par l'imām al-Ḥusayn (sources égyptiennes, al-Shaʿrānī).

Il fut d'abord berger puis pêcheur à Ceuta, avant d'aller à Fès pour les sciences islamiques.

Fils Madyan

Son fils Madyan vint s'installer en Égypte l'année de la mort du père (selon Nābulsī) ; sa fille Fāṭima serait la mère du célèbre mystique de Tanta Sidī Aḥmad al-Badawī.

Chaînes de transmission

Ibn Ḥirzihim (Sidī Ḥarazem) — premier maître

m. 569 H / 1164 EC. Né à Fès, Abū l-Ḥassan ʿAlī Ibn Ḥirzihim. Défenseur d'al-Ghazālī et responsable en grande partie de la propagation de l'œuvre d'al-Ghazālī en Afrique du Nord (bien qu'il l'ait auparavant combattue). Enseignait à l'Université al-Qarawiyyīn de Fès. Critiqua l'orthodoxie stricte des Almoravides. Reçut l'enseignement d'Abū Muḥammad ibn Ṣāliḥ ibn Ḥirzihim (son oncle, m. 1112) qui avait pris d'al-Ghazālī.

Abū Madyan : « Je ne trouvais aucun maître en qui mon cœur pouvait se remettre en toute quiétude. Quand je recherchais ce maître, on m'orienta vers sidī Abū l-Ḥassan ibn Ḥarazim. » Il lui explique la Risāla d'al-Muḥāsibī en matière de soufisme, et lui fit apprendre les traditions de Tirmidhī.

Abū Yaʿzā — deuxième maître (éducateur)

Berbère, analphabète, végétarien, surnommé Yalnūr (« Possesseur de lumière »). Vivait parmi les bêtes sauvages. Abū Madyan raconte : il se rendit à la montagne Morjāne ; privé de nourriture pendant trois jours, il posa son visage où le Sheikh s'était assis et perdit la vue. Abū Yaʿzā posa sa main sur ses yeux et il recouvra la vue. Puis, sur sa poitrine : « Celui-ci produira une œuvre extraordinaire ! » Tombeau à Jabal Iruggan (Taghiya, Centre-Atlas, entre Rommani et Oulmès).

ʿAbd al-Qādir al-Jīlānī

Lui transmit oralement un dhikr particulier et l'autorisa à éduquer et guider les gens. À la Mecque, il reçut de lui le manteau d'investiture et répandit la voie Qādiriyya.

Autre maître : Abū Shuʿayb al-Ṣanhājī.

Synthèse de trois courants

Abū Madyan Shuʿayb (m. 1198) est une source initiatique majeure du soufisme maghrébin, au carrefour de :

  • l'école andalouse d'Almería (Ibn Barrajān, Ibn al-ʿArīf)
  • le soufisme oriental, notamment al-Ghazālī via Ibn Ḥirzihim
  • la lignée Qādiriyya via al-Jīlānī

Zāwiya de Béjaïa

Bien qu'appelé le Tlemcénien, il résida la plus longue partie de sa vie à Béjaïa — métropole et port principal de transit vers l'Orient (~100 000 habitants). Il y prodigua son enseignement et recueillit les pauvres.

Prédiction de Tlemcen

De passage à Tlemcen, des maîtres lui disent : « Tlemcen est déjà pleine, il n'y a plus de place pour d'autres maîtres. » Sortant sa main pleine de pétales de rose de son burnous, il les jette sur l'eau d'un verre plein qu'ils lui présentaient : les pétales flottent sans faire déborder. Il dit : « Je reviendrai comme la couronne de Tlemcen » — prédiction réalisée à sa mort.

Doctrine

« L'amour est ma monture, la connaissance mon crédo et le Tawḥīd mon but (ma station finale). » « Allah, dis ! Et délaisse l'existence et tout ce qu'elle contient. » « Si le serviteur oublie Dieu ne serait-ce que le temps d'un clin d'œil, il mérite d'être châtié. »

Le Tawḥīd chez lui

« Le Tawḥīd est le principe sans branche, il est le terme des stations et des états spirituels. Que peut-il y avoir au-delà de la Vérité si ce n'est l'égarement ! »

Les 3 signes de sincérité

  1. Signe de sincérité de l'aspiration : fuir les créatures
  2. Signe de sa fuite sincère : intensité de son orientation vers Dieu
  3. Signe de la sincérité de l'orientation : retour vers la création (état des héritiers du Prophète)

« L'Ikhlāṣ consiste à quitter les créatures pour se consacrer à Dieu. »

Hittîn et Ibn ʿArabī

Participa à la bataille de Ḥiṭṭīn sous Ṣalāḥ al-Dīn (reprise de Jérusalem). Il eut un bras sectionné ; en reconnaissance, reçut une donation à perpétuité à Damas (porte des Maghrébins) — détenue jusqu'à l'annexion par l'État d'Israël.

Ibn ʿArabī le nomme « maître des maîtres » :

« Notre maître Abū Madyan contemplait Dieu de ses yeux et de son cœur en permanence. » « Il fait partie des dix-huit âmes qui manifestent l'ordre divin par l'ordre divin. »

Vision à la montagne Qāf (Futūḥāt Makkiyya)

Ibn ʿArabī rencontre un Abdāl à la montagne Qāf qui, apprenant qu'ils viennent de Béjaïa, demande des nouvelles d'Abū Madyan : « Ils le disent : Par Allah, hérétique. »« Par Allah, il fait partie de ceux que Dieu a pris comme proches. Ne le détestent que les mécréants et les hypocrites. »

Les Trois Royaumes (dialogue avec al-Ghazālī)

Al-Shaʿrānī rapporte un songe de pieux voyant Abū Madyan auprès d'al-Ghazālī qui lui demande : « Quel est le secret de ton Tawḥīd ? »

Réponse : « Mon secret est dissimulé par les secrets se trouvant dans la mer divine […]. Ils évoluent au sein de la vie éternelle et, au moyen de son secret, ils volent parmi les décrets du royaume céleste (Malakūt) et se distraient au sein du monde intermédiaire de la puissance (Jabarūt). Ils sont parés des Noms et attributs divins à leur égard lors de leur contemplation de l'Essence sanctissime. »

Correspondance cosmologique :

  • Malakūt (royaume céleste) — secrets divins
  • Jabarūt (monde intermédiaire de la puissance) — décrets
  • Mulk / Nāsūt (royaume sensible)

Station polaire

Il accéda à la fonction polaire (Quṭb) une à deux heures avant de mourir. Son nom fut alors ʿAbd al-Ilāh. La fonction d'imām de droite (correspondant au nom ʿAbd al-Rabb) fut transmise à un homme de Bagdad nommé ʿAbd al-Wahhāb.

Disciples et diffusion

  • Ibn ʿArabī (n'était pas son disciple physique mais l'héritier spirituel)
  • Sidī ʿAbd al-Razzāq (inhumé à Alexandrie)
  • Sidī Abū Saʿīd al-Bājī
  • Sidī Abū Muḥammad al-Mahdawī (Tunis)
  • Sidī Abū l-Ḥajjāj al-Uqṣurī (Luxor)
  • Sidī Ibn Mashīsh (via transmission subtile) — voir [[ibn-mashish]]
  • Sidī Aḥmad al-Khazrī (Andalousie)

Voie diffusée : Anatolie, Afghanistan, Inde, Afrique du Nord et de l'Ouest, Yémen, Mecque, Égypte, Iran.

Mort

Transféré de Béjaïa vers Marrakech sur ordre du sultan (calomnies à la cour almohade). En route, à al-Eubbād (près de Tlemcen), il demande le nom du lieu :

« Il convient parfaitement au repos éternel. »

Il mourut en prononçant le Nom d'Allah. Certains disent que son dernier mot fut al-Ḥaqq (الحق).

Poésie — Mā ladhatu al-ʿAysh! (« Il n'est de plaisir réel en cette vie »)

Célèbre poème de 12 vers sur la compagnie des Fuqarāʾ (initiés) :

  1. Il n'est de plaisir réel en cette vie qu'en compagnie des initiés (Fuqarāʾ). Ce sont eux les Sultans, les Seigneurs et les Princes.
  2. Accompagne-les ; observe les convenances dans leurs séances. Renonce à tes prétentions, qu'importe s'ils te laissent en arrière.
  3. Profite de l'instant et sois en permanence présent avec eux.
  4. Garde le silence, à moins qu'on te sollicite ; alors réponds : « Je ne détiens nul savoir » — couvre-toi du voile de l'ignorance.
  5. Ne vois de défauts qu'en toi-même.
  6. Baisse la tête ; repens-toi sans raison particulière.
  7. Si de ta part surgit un tort, reconnais-le.
  8. Dis : votre humble serviteur mérite votre pardon. Ô Fuqarāʾ !
  9. Être magnanime, en eux, est une nature — ne crains ni réprimande ni tort.
  10. Excuse en permanence tes frères.
  11. Observe les états du Maître.
  12. Fais preuve d'entrain et mets-toi à son service.

Liens

  • [[ibn-mashish]] — Héritier subtil, maître du Shādhilī
  • [[ghazali]] — Influence majeure via Ibn Ḥirzihim
  • [[ibn-arabi]] — Nomme Abū Madyan « maître des maîtres »
  • [[ibn-arif]] — École d'Almería (influence andalouse)
  • [[../soufisme/shadhiliyya]] — Racine chérifienne via Ibn Mashīsh → Shādhilī
  • [[../concepts/wahdat-al-wujud]] — Annoncée par son Tawḥīd