Shiblī — الشبلي

Sources : Cours 2 + Cours 45 — Institut ELI-K-SIR Abū Bakr Dulaf ibn Jaḥdar al-Shiblī (أبو بكر الشبلي) — 247/861 – 334/946

Disciple direct de Junayd ([[junayd-baghdadi]]), représentant majeur du soufisme de l'ivresse (sukr سكر) et des shaṭaḥāt.


Identité

  • Origine : famille du Khorasan, village de Shibla
  • Naissance : Samarra ou Bagdad
  • Famille : oncle émir d'Alexandrie, père chambellan à Bagdad sous le Khalife al-Muwaffiq
  • Formation : faqīh de l'école de Mālik, rapporteur de ḥadīths avec isnād
  • Maître : disciple d'al-Junayd

Conversion spirituelle

Repentir lors de l'assemblée de Khayr al-Nassāj. Demeura en compagnie d'al-Junayd et des Maîtres de son époque. « Je n'ai jamais vu, dans le soufisme, quelqu'un possédant autant de connaissances qu'Shiblī » — Abū ʿAbd Allāh al-Rāzī.

Al-Junayd : « Ne regardez pas Shiblī au moyen de l'œil avec lequel vous regardez autrui. Chaque peuple a une couronne et la couronne de ce peuple est Shiblī. »


Échange célèbre avec Junayd

Al-Junayd : « Si tu remettais ton affaire à Allāh, tu aurais la tranquillité. » Shiblī : « Abū l-Qāsim, si Allāh te remettait ton affaire, tu aurais la tranquillité. » Al-Junayd : « Les épées de Shiblī sont recouvertes de sang. »


Paroles sur le Tawḥīd (توحيد)

  • « Majestueux est Celui connu devant les limites et devant les lettres. »
  • « Celui qui y répond par une définition a quitté le droit chemin. Celui qui l'indique est un fidèle. Celui qui en parle est intelligent. Celui qui garde le silence est ignorant. Celui qui s'imagine avoir réussi n'a aucun résultat. Celui qui croit être près est en fait loin. »
  • « Comment le Tawḥīd peut être valide pour toi, quand tu possèdes tout ce que tu possèdes et quand ton regard se pose sur une chose qui te séduit ? »
  • Début : connaissance de Dieu (maʿrifa) — Aboutissement : perfection du Tawḥīd.

Paroles sur le Taṣawwuf (تصوّف)

  • « Le Taṣawwuf, c'est le cœur se reposant aux brises de la pureté, les pensées contenues par le rideau de la fidélité, et la venue du caractère de la générosité et de la joie dans la Rencontre. »
  • « Le Taṣawwuf, c'est l'amour du Majestueux, la haine de l'insignifiant. »
  • « Le Taṣawwuf consiste à limiter vos sens et garder vos souffles. »
  • « Nier l'humain et glorifier le divin. »
  • « Être protégé de la vision des créatures. »
  • « Le soufisme est un éclair qui brûle » (bāriq برق).

Paroles sur le Soufi et le Faqīr

  • Le Soufi : « Celui qui ne demande pas, ne repousse pas et ne garde rien pour lui-même. »
  • Le Faqīr : « Celui qui se sait chez lui en l'état de non-existence tout comme en celui de l'unité. »

Paroles célèbres

  • « Je ne dis jamais "Allāh", mais combien j'implore le pardon d'Allāh pour ma prononciation du mot "Allāh". »
  • « La Création T'aime pour Tes bénédictions, et je T'aime pour Ton épreuve. »
  • « Mon père a laissé 60 000 dinars […] je me suis assis avec les pauvres » — sans jamais demander d'aide.
  • Sur la futuwwa (فتوّة) : « Donner avant la demande et ne pas refuser après. »
  • « La fidélité est la sincérité par les mots et la submersion dans les secrets avec véracité. »
  • « Laisse ta himma (همّة) être avec toi, non devant ou derrière toi. »
  • « Se souvenir d'Allāh dans la tranquillité éloigne le feu de l'affliction. »
  • « Le bonheur par Allāh est plus digne que la tristesse face à Lui. »
  • « Quiconque reconnaît Allāh, ne ressent jamais de peine. »

Récits marquants

L'adhān sans Lā ilāha illā Allāh

Un jour Shiblī donna l'adhān. Arrivé aux deux shahādas : « N'eût été Ton commandement, je n'aurais mentionné autre que Toi avec Toi. » — Exégèse : il refusait la négation « Lā ilāha » en présence du Réel, « car tout est Sa lumière ».

Le cri « Allāh » et le procès

Un jeune homme pressa Shiblī de justifier pourquoi il disait « Allāh » plutôt que Lā ilāha illā Allāh. Aux trois répétitions du Nom, le jeune homme hurla et mourut. Ses parents accusèrent Shiblī de meurtre devant le Khalife. Shiblī : « Une âme s'est languie, a gémi, a aspiré, a crié, a été appelée, a entendu, a appris et répondu. Quel était mon crime ? » — Le Khalife le relaxa.

Le coq en silence

Un coq chantait la nuit dans sa maison. Shiblī l'attacha dans une pièce. Au matin : « Imposteur ! Tu avais l'habitude de te souvenir de Lui dans la facilité. Maintenant que je t'ai mis dans la difficulté, tu ne te souviens plus ! » — ce fut le silence.

Pont au-dessus du Jahannam (contraste avec Bistāmī)

Bistāmī : « Je désire qu'Allāh fasse de moi un pont au-dessus du Jahannam afin que les gens passent sur mon dos sans être inquiétés. » Shiblī : « Quant à moi, je désire qu'Allāh me fasse remplir le Jahannam de sorte qu'aucun n'y trouve de place et que je sois à moi seul une rançon pour cette faible création. »

L'œil de la gnose

Un homme : « Tu as perdu la vue. » — Shiblī : « J'ai perdu la vue par laquelle je te vois. Quant à la vue par laquelle je vois le Réel, elle subsiste. »

Le chien à la porte ([[../soufisme/definitions-soufi]])

Le chien chassé qui revient à la porte et répond : « Crois-tu que je puisse abandonner mon maître et m'en aller ? » — image de la ferveur ontologique du soufi.


Place dans la tradition

Représentant du soufisme de l'ivresse spirituelle (sukr سكر). Ses shaṭaḥāt (شطحات) sont célèbres. Disciple direct de Junayd, il incarne le versant passionnel de l'école de Bagdad.


Mort

  • Mort un vendredi, fin du mois de Dhū al-Ḥijja, en 334 H (Sulamī) ou 335 H (Ibn Nāfiʿ)
  • Une esclave avait compté six mois sans qu'il dorme
  • Les Daylamites vinrent du côté oriental le samedi suivant (réalisation de sa prédiction : « Ce côté est protégé par moi »)
  • Le vendredi avant sa mort, se rendant à la mosquée, il rencontra un shaykh à qui il dit : « Demain j'aurai quelques affaires avec le Shaykh. » — ce fut le shaykh-laveur des morts, qui l'annonça à son serviteur.

Voir aussi : [[junayd-baghdadi]], [[hallaj]], [[bistami]], [[../soufisme/shatahat]], [[../soufisme/definitions-soufi]], [[../soufisme/definitions-tasawwuf]].