Définitions du Soufi (الصوفي aṣ-ṣūfī)
Source : Cours 2 — Institut ELI-K-SIR
Kharaqânî (m. 1033)
Le soufi est une proie à la soif absolue : il n'a soif que de Dieu. Tous les trésors des cieux et de la terre ne sauraient le désaltérer.
Rabî'a al-'Adawiyya
Portait du feu et de l'eau pour brûler le Paradis et éteindre l'Enfer — afin que les hommes adorent Dieu sans espoir ni crainte, mais par amour pur.
Définitions essentielles
| Maître | Définition |
|---|---|
| Abû Abdallah Torughbodî | Le soufi s'occupe de Dieu ; l'ascète s'occupe de sa propre âme |
| Baba Taher | Tout est pour le soufi, mais lui n'est dépendant de rien |
| Ibn Arabî | Les soufis ne partagent qu'un seul point commun — ne pas être ignorant |
| Abû Bakr Kattânî | Esclave en apparence, libre intérieurement |
| Ibn Jalâ | Totalement détaché des causes secondes |
| Sahl al-Tustarī | Purifié de toute souillure, l'or et la boue lui sont pareils |
| Ali al-Husrî | Ne recherche dans les deux demeures que Dieu |
Formules clés
- Le soufi est le fils de l'instant (ابن الوقت ibn al-waqt) — il vit pleinement dans le présent spirituel
- Le soufi n'est possédé par rien et ne possède rien — détachement total
- Le soufi est esclave en apparence, libre intérieurement — liberté par la servitude à Dieu
- Le soufi n'est pas créé (non-conditionné en son principe)
- Le soufi est comme le tawḥīd — unique
- Le soufi est celui qui a atteint le terme ; le voyageur est le mutaṣawwif
- Le soufi est comme le nuage — il donne à tous son eau sans distinction
- Le soufi est comme le palmier — tu lui jettes une pierre, il te renvoie des dattes
- Le soufi est comme la mer — il purifie tout ce qu'on y jette
- Pour le soufi, le louis d'or et la motte de terre sont semblables
Autres définitions
- Bishr al-Ḥāfī : « Le soufi, c'est celui dont le cœur est purifié »
- Abū Bakr al-Kattānī : « Le soufi est celui qui considère que son obéissance est un crime et qui cherche le pardon de Dieu pour elle »
Anecdote de Shiblī — le chien à la porte
Un jour, un chien sommeillait dans la cour. Le propriétaire le chassa dehors. Imperturbable, le chien retourna devant la porte. Shiblī se dit : « Quel misérable, ce chien ! » — le chien lui répondit : « Crois-tu que je puisse abandonner mon maître et m'en aller ? »
→ Image de la ferveur ontologique : même chassé, le soufi ne quitte pas la porte de son Seigneur.
Voir aussi : Définitions du Soufisme, Niveaux de la voie, Concepts clés