Abū Ḥāmid al-Ghazālī (أبو حامد الغزالي)
450H/1058 — 503H/1111 | Cours 49 — Institut ELI-K-SIR
Ḥujjat al-Islām (حجة الإسلام) — la Preuve de l'Islam
Nom complet : Abū Ḥāmid Muḥammad ibn Muḥammad aṭ-Ṭūsī al-Ghazālī, juriste shāfiʿite.
Biographie
- Né à Ṭūs (Khorassan, Iran) en 450H/1058
- Orphelin, élevé à Jurjān, puis études à Naysabūr auprès de l'imām al-Juwaynī (m. 477H)
- Nommé professeur à la Madrasa Niẓāmiyya de Bagdad en 484H par le ministre Niẓām al-Mulk
- Crise spirituelle vers 1095 (38 ans) : conflit entre raison et esprit, perte de la parole, incapacité d'enseigner
- Quitte Bagdad sous prétexte de pèlerinage, 11 ans d'errance entre Damas, Jérusalem, La Mecque, Alexandrie
- Rédige son chef-d'oeuvre Iḥyāʾ ʿUlūm al-Dīn durant cette retraite
- Retour à Ṭūs, construction d'un khānqāh (ermitage soufi خانقاه)
- Meurt à Ṭūs en 503H/1111
Les quatre doctrines de son temps
Al-Ghazālī identifie quatre voies de connaissance :
- La théologie dogmatique (kalām كلام) — logique et raison
- L'ésotérisme (bāṭiniyya باطنية) — fondé sur l'initiation
- La philosophie (falsafa فلسفة) — logique et démonstration
- Le soufisme (taṣawwuf تصوف) — dévoilement et témoignage (kashf كشف et mushāhada مشاهدة)
Il choisit le soufisme et l'inspiration (ilhām إلهام).
Combats intellectuels
Contre la philosophie
- Maqāṣid al-Falāsifa (مقاصد الفلاسفة) — Les intentions des philosophes
- Tahāfut al-Falāsifa (تهافت الفلاسفة) — L'incohérence des philosophes (1095) : 20 questions sur l'Homme, le monde et Dieu. Le monde est création récente, les corps rejoignent les âmes dans l'au-delà, Dieu connaît les particuliers.
Contre le bāṭinisme
- Les vices de l'ésotérisme et les vertus de l'exotérisme — défense du califat abbasside contre les Fatimides
Période soufie
Influences soufies omniprésentes : père proche du soufisme, tuteur soufi, frère soufi, Niẓām al-Mulk proche des soufis. Le soufisme n'est pas qu'un savoir théorique mais une pratique : renoncement (zuhd زهد), solitude (ʿuzla عزلة), errance.
Philosophie — vision de Dieu et du monde
- Dieu : unique, sans substance ni forme, omniprésent, omniscient, omnipotent
- L'univers soumis à l'intervention directe et constante de Dieu (refus de la causalité)
- L'être humain : âme immortelle + corps éphémère, naturellement plus proche du bien
- Connaissance : deux sources — humaine (perception, raison) et divine (révélation, inspiration)
- Le vrai savoir ne vient que du dévoilement (kashf), l'âme purifiée reçoit ce qui est gravé dans la mémoire divine
Code d'éthique de l'étudiant
- Se purifier avant la quête du savoir
- Renoncer au monde, finalité = l'au-delà
- Respecter les droits de l'enseignant
- Éviter les controverses doctrinales au début
- Maîtriser les fondamentaux : linguistique, tafsīr, ḥadīth, fiqh, kalām
- Étudier une science à fond avant de passer à une autre
- Viser l'éducation de l'âme et la proximité divine, non la célébrité
Oeuvres principales
- Iḥyāʾ ʿUlūm al-Dīn (إحياء علوم الدين) — Revivification des sciences de la foi (4 vol., ~1500 pages)
- Al-Munqidh min al-Ḍalāl (المنقذ من الضلال) — Erreur et délivrance
- Mishkāt al-Anwār (مشكاة الأنوار) — Le tabernacle des lumières
- Kīmiyāʾ al-Saʿāda (كيمياء السعادة) — L'alchimie du bonheur
- Minhāj al-ʿĀbidīn (منهاج العابدين) — La voie de la dévotion
- Al-Durra al-Fākhira (الدرة الفاخرة) — La perle précieuse
Sheikh Abū Muḥammad al-Kāzrounī : « Si toutes les sciences disparaissaient, elles seraient recomposées à partir d'al-Iḥyāʾ. »
Héritage
Il réconcilie la Sharīʿa et le soufisme, cristallise le soufisme comme facette à part entière de l'islam. Du point de vue juridique, il s'inscrit dans le cadre des ahl al-maqāṣid à la suite d'al-Juwaynī.
Liens
- [[../soufisme/formation-soufisme]] — Formation du soufisme
- [[../soufisme/concepts-cles-soufisme]] — Concepts-clés du soufisme
- [[junayd-baghdadi]] — Junayd, précurseur de la voie sobre