Du compagnonnage au confrérisme (من الصحبة إلى الطريقة)

Source : Cours 26 — Institut ELI-K-SIR

Évolution historique de la spiritualité islamique

Période prophétique et des Compagnons

  • Le seul maître est le Prophète ﷺ — l'attachement n'est dû qu'à Allah
  • Dār Abī al-Arqam : première zāwiya à la Mecque
  • Ahl aṣ-Ṣuffa : seconde zāwiya à Médine — les Faqīr viennent d'ici (les plus pauvres, Ḍuyūf Allāh)

Les Malāmatīs (الملامتية)

  • Mouvement né avec Abū Ḥafṣ al-Ḥaddād (m. 265) et son disciple Ḥamdūn al-Qaṣṣār (m. 271)
  • Se distinguent des soufis : fréquentent peu les zāwiyas, ne se montrent pas, se cachent
  • Credo : l'amour de Dieu en toute humilité
  • Ibn ʿArabī les considère comme le rang le plus élevé des gens de Dieu
  • Finiront par se fondre dans les mouvements de l'école de Bagdad

Le courant irakien

  • Bagdad absorbe Koufa ; Bassora conserve son école un temps
  • Absorbe le courant malāmatī (subsiste anonyme et discret)

Le Khorasan

  • Nīshāpūr et Balkh en Transoxiane : centres de formation et diffusion
  • Maîtres : Ibrāhīm ibn Adham, Fuḍayl ibn ʿIyāḍ, Tustarī, Abū Yazīd, Dāwūd Ṭāy, Maʿrūf al-Karkhī, Bishr al-Ḥāfī

L'émergence des confréries (XIe-XIIe siècles)

Deux nécessités :

  • Méthodique — réunir en un même lieu les différentes fonctions et maîtrises. Dualité centre/zāwiya :
    • École / centre / université — formation des juristes, spécialistes du Coran, du hadith, de la Sīra, de l'exégèse
    • Zāwiya / khānqāh / tekke — vocation initiatique
    • Même personne possible : professeur (école) et shaykh (zāwiya). Même aspirant : tilmīdh et murīd/faqīr
  • Historique — écroulement des structures califales :
    • Destruction de Bagdad 1258 (Mongols)
    • Écroulement du califat omeyyade d'Andalousie dès 1212 (défaite de Las Navas de Tolosa)
    • Tutelle dynastique → censure, clergé tout-puissant, enrichissement et luxe
  • Rétablir l'organisation de l'enseignement + l'esprit de pauvreté de la période prophétique

Les grandes confréries

ConfrérieFondateurParticularité
QādiriyyaʿAbd al-Qādir al-JīlānīFondée à Bagdad
ShādhiliyyaAbū al-Ḥasan al-ShādhilīFondée en Égypte
MawlawiyyaRūmīLes derviches tourneurs
NaqshbandiyyaBahāʾ al-Dīn NaqshbandVoie silencieuse
AkbariyyaIbn ʿArabīCaractère fermé et particulier

Parallèle chrétien

Même période : mendiants (franciscains, dominicains), bâtisseurs (clunisiens, cisterciens) — retour à la pauvreté originelle dont le Christ était le modèle.

Déclin du confrérisme

Dès le XVIe siècle : quantité privilégiée sur qualité, scandales, perte de l'esprit fondateur, disparition de l'initiation effective. Constat de Shaʿrānī et Zarrūq.

Abū Madyan — pont entre Orient et Occident

Identité

  • Né en Andalousie (Kantiliana/Qatinyānah, près de Séville), ~509 H / 1115 EC
  • Mort en 594 H, en route vers Tlemcen (~80 ans)

Parcours

  • Berger et pêcheur, puis va à Fès — formation militaire puis spirituelle (formé par Abū Yaʿzā)
  • Confrontation aux natures humaines variées dans l'armée → préparation au rôle de maître spirituel
  • Pèlerinage à la Mecque : rencontre ʿAbd al-Qādir al-Jīlānī (m. 561 H / 1166 EC) à ʿArafāt — moment clé (symbole de la connaissance métaphysique et réalisation)
  • Étudie longuement auprès de lui le ḥadīth, reçoit le manteau de l'investiture, répand la voie Qādiriyya
  • Rencontre Aḥmad al-Rifāʿī (m. 578 H), maître sunnite irakien — réconciliation exo/ésotérique
  • Étudie al-Ghazālī et son Iḥyāʾ ʿUlūm al-Dīn intensément : « Je n'ai jamais trouvé un équivalent » ; al-Shādhilī : « un livre béni et profitable »
  • Enseigna probablement à la Niẓāmiyya de Bagdad (fondée par Niẓām al-Mulk, vizir seljoukide, où enseigna aussi Ghazālī)
  • Bataille de Ḥiṭṭīn sous Ṣalāḥ ad-Dīn → reprise de Jérusalem (deux ans après Alarcos)
  • Bras sectionné au combat ; donation à perpétuité du quartier des Maghrébins de Jérusalem
  • Retrait un temps à Damas (où sera plus tard inhumé Ibn ʿArabī) — point de départ probable vers le Jihād

Méthode

Synthèse unique : voie intellectuelle + voie de la révélation, tradition (riwāya) + réalisation. Influence d'Ibn ʿArīf, Ibn Barrajān, Ibn Masarra.

Postérité

  • Disciples répandent sa voie : Anatolie, Afghanistan, Inde, Afrique du Nord, Yémen, Égypte, Iran
  • Influence Ibn ʿArabī (bien qu'ils ne se soient pas rencontrés — Averroès meurt la même année, 594 H ; Ibn ʿArabī reçoit à Fès cette année-là la science du Sceau de la sainteté muhammadienne)
  • Maître spirituel d'ʿAbd ar-Razzāq (inhumé à Alexandrie) → influence madyanite en Égypte (touchant ʿAbd al-Raḥīm al-Qināʾī — Marocain inhumé à Qinā, et Abū al-Ḥajjāj al-Uqṣūrī à Louxor)
  • Successeur à Béjaia : Sīdī Yaḥyā Abū Zakariyyā« le maître qui forma mille maîtres » — rencontré par Ibn ʿArabī à Béjaia
  • Autres disciples andalous/maghrébins : Sīdī Abū Saʿīd al-Bājī (Tunisie), ʿAbd al-Salām Ibn Mashīsh (Maroc, futur maître d'al-Shādhilī), ʿAbd al-ʿAzīz al-Mahdawī (Tunis), Aḥmad al-Khazrī (Andalousie)
  • La voie Shādhilite est la continuation la plus complète de l'héritage madyanite — s'ancre en Égypte (Arche de rassemblement du patrimoine spirituel face à Inquisition + Croisades + Mongols)
  • C'est là que s'installera plus tard René Guénon (Sheikh ʿAbd al-Wāḥid Yaḥyā)

Voir aussi : Darqāwī, Cheikh al-ʿAlawī, Junayd