Nécessité d'une quête spirituelle
Source : Cours 4 — Institut ELI-K-SIR
Le sens et la fonction
Tout est subordonné à une raison d'être et donc à une fonction. Tout être humain se trouve confronté à un moment de sa vie à une question de sens : sens du monde, de sa vie, de la mort, de son devenir posthume, de sa fonction.
23/115 : أَفَحَسِبْتُمْ أَنَّمَا خَلَقْنَاكُمْ عَبَثًا وَأَنَّكُمْ إِلَيْنَا لَا تُرْجَعُونَ — « Pensez-vous que Nous vous avions créés sans but, et que vous ne seriez pas ramenés vers Nous ? »
Toutes ces questions se ramènent au « pourquoi ». Dans un premier temps, les questions qui se posent relèvent du « comment » : comment vivre, être autonome, assouvir ses besoins immédiats (corporels, affectifs, amoureux), s'assurer un cadre sécuritaire, une stabilité sociale, être libre. Une fois fait, en général vers la quarantaine, âge de la prophétie, un constat s'impose : celui d'un vide intérieur subsistant.
La chronologie coranique d'une vie (46/15)
وَوَصَّيْنَا الْإِنْسَانَ بِوَالِدَيْهِ إِحْسَانًا حَمَلَتْهُ أُمُّهُ كُرْهًا وَوَضَعَتْهُ كُرْهًا وَحَمْلُهُ وَفِصَالُهُ ثَلَاثُونَ شَهْرًا حَتَّىٰ إِذَا بَلَغَ أَشُدَّهُ وَبَلَغَ أَرْبَعِينَ سَنَةً قَالَ رَبِّ أَوْزِعْنِي أَنْ أَشْكُرَ نِعْمَتَكَ...
« Nous avons enjoint à l'homme de faire au mieux envers ses père et mère, sa mère l'a péniblement porté et péniblement accouché et sa gestation et sevrage durent trente mois ; puis quand il atteint ses pleines forces et atteint quarante ans, il dit : 'Ô Seigneur ! Inspire-moi pour que je rende grâce au bienfait dont Tu m'as comblé ainsi qu'à mes père et mère, et pour que je puisse œuvrer de façon conforme à ta volonté afin que Tu l'agrées. Et fais que ma postérité œuvre également selon cette conformité. Je me réoriente vers Toi et je suis du nombre des Soumis.' »
Le vide intérieur et les palliatifs
Malgré le confort matériel et affectif, un malaise persiste. La question du « pourquoi » s'impose : pourquoi je vis, pourquoi ce monde passager, pourquoi je ne suis-je pas apaisé malgré une situation sociale stable, qui suis-je, pourquoi la mort ?
Ces questions appellent réponses. Tant qu'on refuse d'y répondre, il ne reste que des palliatifs — carrière, titres, célébrité, argent, sexe, drogues, alcool — mais rien n'y change : on ne nourrit pas l'universel avec de l'individuel. L'intelligence a besoin de vérité, non de confort et de bien-être.
Ce n'est qu'une fois les palliatifs épuisés que la quête de sens, de compréhension et de vérité commence. Cette quête peut se résumer à ne plus s'attacher à ce qui par nature est éphémère et appelé à disparaître — pour trouver ce qui est pérenne et immuable et qu'on ne peut perdre.
Toute souffrance vient d'un attachement et de la perte d'un objet aimé ; inversement, toute quête conduit à la seule réalité qui transcende même la mort et ne peut par nature se perdre.
Distinguer l'évanescent de l'éternel — c'est là l'enjeu.
La nécessité de l'initiation selon Guénon
Dans les conditions du monde actuel, seule l'initiation véritable permet de mener cette quête à son terme et d'avoir conscience de notre dimension universelle et spirituelle — la partie la plus élevée et noble de nos trois plans constitutifs, où nous réalisons notre réelle identité d'image de Dieu sur terre.
René Guénon (Initiation et Réalisation spirituelle, p. 52, éd. Traditionnelles, 1967) :
« Dans le Principe, il est évident que rien ne saurait jamais être sujet au changement ; ce n'est donc point le Soi qui doit être délivré, puisqu'il n'est jamais conditionné, ni soumis à aucune limitation, mais c'est le moi, et celui-ci ne peut l'être qu'en dissipant l'illusion qui le fait paraître séparé du Soi ; de même, ce n'est pas le lien avec le Principe qu'il s'agit en réalité de rétablir, puisqu'il existe toujours et ne peut pas cesser d'exister, mais c'est, pour l'être manifesté, la conscience effective de ce lien qui doit être réalisée ; et, dans les conditions présentes de notre humanité, il n'y a pour cela aucun autre moyen possible que celui qui est fourni par l'initiation. »
Guénon ajoute : la nécessité du rattachement initiatique n'est pas une nécessité de principe, mais une nécessité de fait — imposée par l'état cyclique actuel. Pour les hommes des temps primordiaux, l'initiation aurait été inutile, puisque le développement spirituel s'accomplissait naturellement et spontanément grâce à leur proximité avec le Principe. Mais la « descente » cyclique a modifié ces conditions, et la restauration des possibilités de l'état primordial est le premier des buts de l'initiation.
Le tournant de la vie
L'être depuis sa conception jusqu'à l'âge mûr construit son cadre social et privilégie l'acquisition de tout ce qui permet son épanouissement terrestre. Mais l'appel intérieur, les situations appelant questionnement, le vide persistant s'imposent — notamment quand les grands projets (études, métiers, emplois, couples, autonomie, maison, voyages…) sont accomplis. Ce qui était des fins devient des moyens, car la fin n'est pas atteinte : bonheur, paix, liberté, connaissance, stabilité, ressourcement par l'intérieur et non plus par des palliatifs extérieurs.
L'appel divin s'intensifie :
9/126 : أَوَلَا يَرَوْنَ أَنَّهُمْ يُفْتَنُونَ فِي كُلِّ عَامٍ مَرَّةً أَوْ مَرَّتَيْنِ ثُمَّ لَا يَتُوبُونَ وَلَا هُمْ يَذَّكَّرُونَ — « Ne voient-ils pas que chaque année on les éprouve une ou deux fois ? Malgré cela, ils ne se repentent ni ne se souviennent. »
La Vérité libère
Il reste alors le mensonge que l'on se fait à soi-même, les palliatifs toujours plus destructeurs — ou la force de regarder la Vérité en face.
- Le Christ : « La Vérité vous rendra libre » (Jean 8:32)
- 91/9 : قَدْ أَفْلَحَ مَنْ زَكَّاهَا — « Connaît le bonheur celui qui la (l'âme) purifie. »
C'est alors qu'un long et périlleux chemin commence — le chemin purificateur, libérateur des chaînes et ennemis qui se trouvent en nous. Un chemin unique : celui de l'initiation, en dehors duquel, surtout à notre époque si peu spirituelle, notre vie ne serait qu'un gâchis.
Liens
- [[../concepts/realisation-spirituelle]] — L'actualisation, le retournement
- [[../concepts/tradition-primordiale]] — Guénon, le centre suprême
- [[../soufisme/methode-initiatique]] — Fiṭra, wird, dhikr
- [[../soufisme/islam-modernite]] — Tradition vs palliatifs modernes
- [[../concepts/epreuve-bala]] — L'épreuve comme appel
- [[../soufisme/introduction-soufisme]] — Sincérité, 4 niveaux
- [[../concepts/pacte-alliance]] — Le rattachement initiatique