Sidī Abū l-Ḥasan al-Shādhilī (أبو الحسن الشاذلي)
Source : Cours 40 — Institut ELI-K-SIR 591 H — 656 H (≈ 1196 – 1258 EC) — Fondateur de la Shādhiliyya
Identité
Nom complet : sidī Abū l-Ḥasan ʿAlī al-Shādhilī al-Ḥasanī. Sharīf descendant de l'imām al-Ḥasan. Né à Ghumāra (nord du Maroc actuel).
Biographie de référence : ibn Ṣabbāgh, Durrat al-Asrār wa Tuḥfat al-Abrār (« La Perle des secrets »).
Origine du nom al-Shādhilī
Dialogue intérieur :
— Ô mon Seigneur, pourquoi m'as-tu nommé al-Shādhilī, alors que je ne suis pas du village de Shādhila ? — Ô ʿAlī, je ne t'ai pas appelé par le nom al-Shādhilī. En vérité, tu es shādh-dhun lī (شاذ لي) : « isolé solitaire pour Moi » ; c'est-à-dire que tu es dédié exclusivement à Mon Service et Mon Amour (li-khidmatī wa maḥabbatī).
Quête du Pôle et rencontre d'Ibn Mashīsh
« En arrivant en Iraq, je rencontrai le Cheikh pieux Abū al-Fatāḥ al-Wāsiṭī, un homme comme je n'en ai jamais vu de semblable en Iraq. Ma quête était la recherche du Pôle (Quṭb). Un des Saints me dit : Es-tu en train de chercher le Pôle en Iraq alors qu'il se trouve dans ton pays ? Retourne dans ton pays et tu le trouveras. » Une version dit : celui que tu cherches se trouve chez toi — signifiant « en toi ».
Il retourna au Maghreb et rencontra son Instructeur : Abū Muḥammad ʿAbd al-Salām ibn Mashīsh al-Sharīf al-Ḥasanī (voir [[ibn-mashish]]).
Rencontre avec al-Khiḍr
À Tunis, jeune : grande famine, hommes mourants dans les marchés. Il se dit : « Si j'avais de quoi acheter du pain pour tous ces gens… » — voix intérieure : « Prends ce qui est dans ta poche. » — il y trouve de la monnaie. Le boulanger trouve les pièces fausses : « Elles sont marocaines, et vous les marocains, vous pratiquez l'alchimie ! » Un homme à la porte authentifie les pièces.
Le vendredi suivant, à la mosquée de la Zaytūna (près de la coupole du côté est) : l'homme le salue :
— Ô ʿAlī, tu as dit : si j'avais de quoi nourrir ces gens affamés, je l'aurais fait. Tu présumais être plus généreux qu'Allah envers ses créatures. S'Il l'avait voulu, Il les aurait nourries car Il est plus Savant de leur bien-être que toi. — Ô mon Maître, par Allah, qui es-tu ? — Je suis Aḥmad al-Khiḍr. J'étais en Chine, et l'on m'a dit : Pars et secours mon Saint ʿAlī à Tunis.
Principe : la Loi prime sur le dévoilement
« Lorsqu'un dévoilement vient en contradiction avec le Livre et la sunna, privilégie ces deux derniers et renonce à ton dévoilement. Ensuite, dis-toi : Allah a confirmé fermement l'infaillibilité du Livre et de la sunna, ce qu'Il n'a pas fait pour le dévoilement, l'intuition ou la contemplation si ce n'est lorsqu'ils sont conformes au Livre et à la sunna. »
« Quand arrivera l'Heure ? — Je ne m'en soucie pas, l'essentiel est d'aimer Allah et Son Prophète car l'homme sera ressuscité avec ceux qu'il aime. »
Premier compagnon — Abū Muḥammad al-Ḥabībī
Premier à devenir son compagnon à Shādhila. Dévoilement intuitif (mukāshif). À Tunis, assistait à l'assemblée d'Abū Ḥafṣ al-Jāsūs. Pratiqua avec lui la khalwa au mont Zaghouan.
Démêlés avec Ibn al-Barāʾ (chef des juges)
Quand de nombreux disciples rejoignirent le Shādhilī, Abū l-Qāsim ibn al-Barāʾ (qāḍī al-jamāʿa) tenta de lui chercher querelle auprès du Sultan Abū Zakariyyāʾ. Le Sultan convoqua un groupe de fuqahāʾ dans la Qaṣbah. Le Shādhilī, questionné sur sa généalogie et toutes les sciences acquises, les réduisit au silence ; sur les fondements des sciences initiatiques, ils ne purent répondre.
Sultan à Ibn al-Barāʾ : « Cet homme fait partie des plus grands Saints, tu n'as aucun pouvoir sur lui ! »
Alors, le mur se fissura dans chacune des directions qu'il pointait du doigt — il demanda une cruche, de l'eau et un tapis et se tourna intérieurement (tawajjaha) vers Allah.
Arrivée en Égypte et fonction polaire
Alexandrie (détenu sur ordre du Sultan à cause d'une attestation d'Ibn al-Barāʾ). Les chefs des tribus nomades viennent le voir : il voyage au Caire, conduit à la Citadelle, convoqué devant le Sultan. Affaire close : il intercède pour les tribus.
L'investiture polaire
Le Cheikh vit le Prophète en rêve :
— Ô ʿAlī, migre (intaqil) vers l'Égypte et là-bas, élève et instruis quarante Sincères (arbaʿīn ṣiddīqan). — Ô mon maître, la chaleur est intense ! — Des nuages te feront de l'ombre. — Je crains la soif. — Le ciel pleuvra pour toi chaque jour avant que tu ne passes.
En route avec sidī Abū ʿAlī ibn al-Sammāt. Abū ʿAlī vit l'Envoyé d'Allah qui lui dit :
« Ô Yūnes, Abū l-Ḥajjāj al-Uqṣurī était en terre d'Égypte et était le Quṭb de son temps. La nuit dernière, il est mort et Allah lui a donné comme successeur Abū l-Ḥassan Shādhilī. »
Abū ʿAlī vint lui prêter allégeance au Pôle. Arrivée à Alexandrie :
« Ô gens de cette contrée, si vous saviez qui est celui qui se présente à vous dans sa caravane, vous embrasseriez le pied de son chameau ! La baraka se présente à vous ! »
À Alexandrie — résidence
Installé dans une tour de flanquement du Sultan (legs religieux), partie basse pour animaux et eau, partie médiane pour les pauvres et une mosquée, partie haute : ses appartements et famille. Se maria ; enfants :
- Shihāb al-Dīn Aḥmad
- Abū l-Ḥasan ʿAlī
- Abū ʿAbdallāh Muḥammad Sharaf al-Dīn
- Filles, dont Zaynab, ʿArīfat al-Khayr
Partait certaines années faire le pèlerinage.
Liens
- [[ibn-mashish]] — Maître initiateur unique
- [[abu-madyan]] — Source initiatique en amont (Ibn Mashīsh ↔ Abū Madyan)
- [[../soufisme/shadhiliyya]] — La voie qu'il a fondée
- [[../soufisme/maitre-spirituel]] — Primauté de la Loi sur le dévoilement
- [[../soufisme/voie-mohammadiya]] — Intaqil, quarante ṣiddīqān