Formation du soufisme au cours des siècles (تكوّن التصوف عبر القرون)

Source : Cours 27 — Institut ELI-K-SIR

Les trois sciences islamiques fondatrices

Les trois grands domaines des sciences islamiques naissent avec l'avènement de l'islam :

  • La jurisprudence (al-fiqh الفقه)
  • Le dogme (al-ʿaqīda العقيدة)
  • Le soufisme (at-taṣawwuf التصوف)

Les trois phases historiques

1. Phase fondatrice — la période mythique (عصر النبوة والصحابة)

Période du Prophète et des Compagnons. Les bases du mouvement spirituel pur sont posées. Après la dispersion des Compagnons à travers le Dār al-Islām (Irak, Khorassan, Syrie, Yémen), deux courants émergent :

  • Ceux perpétuant l'exemple médinois
  • Ceux s'adaptant aux contextes étrangers

2. Phase des successeurs — de Ḥasan al-Baṣrī à la naissance des confréries

De Ḥasan al-Baṣrī (m. 728) et Rābiʿa al-ʿAdawiyya (m. 801) jusqu'à la dynastie Almohade. Extension des foyers de transmission : universités de la Qarawiyyīn, la Zaytūna, la Niẓāmiyya, al-Azhar.

Figures majeures de cette période : Muḥāsibī, Junayd, Sahl al-Tustarī, Shiblī, Sarī al-Saqaṭī, Ibrāhīm Ibn Adham, Bishr al-Ḥāfī, Ḥallāj, Abū Yazīd al-Bisṭāmī, Dhū al-Nūn al-Miṣrī.

Deux courants majeurs :

  • L'ivresse spirituelle (sukr سُكر) : courant de l'amour extinctif — Rābiʿa, Bisṭāmī, Nūrī, ʿOmar ibn al-Fāriḍ
  • La sobriété (ṣaḥw صحو) : école de Junayd (al-Junaydiyya), privilégiant la maîtrise extérieure et la connaissance

La chaîne initiatique part de Junayd → Abū Madyan → Ibn ʿArabī et Abū l-Ḥasan al-Shādhilī.

3. Phase confrérique — à partir du XIIe siècle

Émergence et diffusion de la structure confrérique. La doctrine et la méthode initiatique (ʿilm as-sulūk علم السلوك / ʿilm at-tarbiya علم التربية) prennent forme.

Grands noms : Jīlānī, Suhrawardī, Ibn ʿArabī, Shādhilī, Rūmī, Naqshbandī, Rifāʿī.

Synthèse entre amour et connaissance à partir d'Abū Madyan. L'enseignement d'Ibn ʿArabī imprègne les héritiers directs de Shādhilī, notamment Ibn ʿAṭāʾ Allāh al-Sakandarī.


Dégénérescence et restauration (الانحطاط والتجديد)

Codification doctrinale accentuée à l'époque confrérique. Critiques internes :

  • Makkī (m. 386/996) : « Le dernier vrai spirituel fut Junayd »
  • Al-Qushayrī (437/1045) : « Le soufisme est mort et personne ne peut recueillir tout son héritage »
  • Al-Hujwirī : « Le soufisme était une réalité sans nom, il est de notre temps un nom sans réalité »
  • Ahmed Zarrūq : « Aucun maître réellement réalisé à son époque »

Cependant, Darqāwī, ʿAlawī et d'autres contestent ce pessimisme.


Le déplacement des centres

Les foyers d'expansion du soufisme suivent les situations politiques :

  • MédineKoufa (installation de l'imām ʿAlī)
  • Expansion vers l'Inde via la route de la soie
  • Andalousie : Ibn Massara, Ibn ʿArīf, Abū Madyan, Ibn ʿArabī
  • XIIIe siècle : Le Caire, Damas, Tunis, Béjaïa, Fès
  • Afrique du Nord : Darqāwī, al-Ouazzānī, al-ʿAlawī, al-Hibrī
  • XXe siècle : René Guénon, Ivan Aguéli → enracinement en Occident. Michel Vâlsan, Maurice Gloton, Michel Chodkiewicz, Charles-André Gilis

Liens

  • [[definitions-tasawwuf]] — Définitions du tasawwuf
  • [[../personnages/junayd-baghdadi]] — Junayd, fondateur de la Junaydiyya
  • [[compagnonnage-confrerisme]] — Du compagnonnage au confrérisme
  • [[../personnages/ibn-arabi]] — Ibn ʿArabī et l'Akbariyya