Manṣūr al-Ḥallāj (منصور الحلاج)
Source : Cours 45 — Institut ELI-K-SIR
Identité
- Nom : Abū ʿAbd Allāh al-Ḥusayn Manṣūr al-Ḥallāj (أبو عبد الله الحسين منصور الحلاج)
- Naissance : ~857 EC / 244 H, près de Ṭūr (Iran)
- Mort : 26 mars 922 EC / 309 H, Bagdad — exécuté
- Nom : Ḥallāj (حلاج) = le cardeur de laine (métier du père)
- Grand-père : zoroastrien, descendant d'Abū Ayyūb al-Anṣārī (compagnon du Prophète)
Formation
- Insatisfait de l'enseignement traditionnel, attiré par la sobriété et le renoncement
- Maîtres : Sahl al-Tustarī (premier maître, à Tustar), ʿAmr ibn ʿUthmān al-Makkī, Abū al-Qāsim al-Junayd
- Épousa la fille du maître soufi Abū Yaʿqūb al-Aqṭaʿ
Prédication et voyages
- Prédicateur en Iran, puis en Inde et jusqu'aux frontières de la Chine
- De retour à Bagdad : suspecté par les sunnites et les chiites pour ses idées ésotériques (amour divin, union de l'âme et de Dieu)
"Anā al-Ḥaqq" (أنا الحقّ)
- "Je suis la Vérité / Je suis Dieu" — shaṭḥa la plus célèbre de l'histoire du soufisme
- Sa condamnation résulte principalement de cette proclamation publique
- Dans le milieu soufi, ce genre de propos est compris comme émanant d'un homme "fondu" dans l'océan de la divinité (فناء fanāʾ)
- Louis Massignon a traduit les versets de son Dīwān traitant de la "science de l'Unité" (Tawḥīd)
Procès et exécution
- Faussement accusé de participation à la révolte des Zanj
- Dénoncé par Muḥammad ibn Dāwūd (juriste, assesseur au tribunal du grand Qāḍī), qui ne supportait pas ses prétentions à un amour divin
- Les banquiers juifs de la cour et les fermiers généraux shīʿites font lancer un mandat d'arrêt ; Ḥallāj s'échappe 3 ans
- Le fermier général de Wāsiṭ, Ḥāmid, le fait arrêter et ramener à Bagdad
- Procès de 9 ans, plusieurs rebondissements ; interné, il continue à prêcher et ses disciples notent ses enseignements
- Ḥāmid s'appuie sur le général Muʾnis pour écarter les soutiens de Ḥallāj (Naṣr et Ibn ʿĪsā). Ibn ʿĪsā mourut de ses blessures au tribunal
- Ḥāmid obtient la condamnation via le Qāḍī Ḥammādī, s'appuyant sur une lettre de Ḥallāj : « Détruis la Kaʿba pour la rebâtir vivante et priante parmi les anges. »
- Ibn Mukram signe l'arrêt de mort contre la promesse de la judicature du Caire ; le Calife signe lors d'un festin
- 24 Dhū al-Qaʿda : flagellé, coiffé d'une tiare, exhibé sur le gibet devant une foule immense à Bāb Khorassan
- Le lendemain : décapité, démembré, arrosé de pétrole et brûlé. Cendres jetées dans le Tigre ; tête suspendue à un écriteau
Reproches doctrinaux
- Il dit que la mission du Prophète reste inachevée — contesté par Ibn Surayj, autre assesseur
- Compare Satan et le Prophète : Satan atteste de l'Unité divine en refusant de se prosterner devant autre que Dieu devant les anges ; le Prophète de même devant les hommes
- Reproche au Prophète de s'être arrêté au seuil de l'incendie divin lors du Miʿrāj par peur d'être consumé
- Revendique intercéder pour tous les hommes, pas seulement la communauté musulmane (Ibn ʿArabī : il n'a pas compris le sens du mot ma communauté, qui concerne tous les hommes)
- Complot à 3 fronts : shīʿites gênés, sunnites l'accusant d'être shīʿite, soufis lui reprochant d'extérioriser ce qui devait rester intérieur
Position des maîtres
- Junayd condamne ses extravagances publiques
- Ibn ʿArabī dira que Ḥallāj n'a pas compris le sens du mot "ma communauté" — qui concerne tous les hommes, pas seulement les musulmans
- Les soufis lui reprochent de rendre extérieur ce qui devait rester intérieur
Paroles
- "Celui qui considère ses œuvres perd de vue Celui pour qui il œuvrait. Et celui qui considère Celui pour qui il œuvre, perd de vue ses œuvres."
- En pleine mosquée : "Dieu vous a rendu mon sang licite, tuez-moi..."
- "Le parfum de Ton approche suffit à me faire mépriser toute la création, et l'enfer n'est rien au prix de mon vide quand Tu me désertes"
Place dans la tradition
Maître atypique du soufisme. Son supplice sera mentionné de nombreuses fois par Rūmī. Figure christique du soufisme — dimension sacrificielle.