La Naqshbandiyya (النقشبندية)

Source : Cours 41 — Institut ELI-K-SIR

Confrérie très répandue, principalement en Asie. Apparition en tant que confrérie au XIVe siècle à Bukhara autour de Bahāʾ al-Dīn Naqshband (بهاء الدين نقشبند — m. 1389), « celui qui trace des desseins » en persan.


Origines et chaîne initiatique

La tradition naqshbandie revendique une ancienneté remontant au XIIe siècle :

  • Yūsuf Hamadānī (m. 1141) — ancêtre éponyme le plus ancien
  • Lien avec la Yasawiyya (confrérie répandue en Turquie)
  • ʿAbd al-Khāliq Ghijduwānī (m. 1220) de Bukhara : aurait commencé à diffuser le dhikr silencieux (dhikr khafī ذكر خفي), enseigné par al-Khaḍir
  • Histoire écrite par Kāshifī en 1504

Parole de Naqshband : « L'ordre naqshbandī commence là où les autres confréries finissent. »


Caractéristiques distinctives

Le dhikr silencieux (الذكر الخفي)

Récité individuellement et collectivement de manière mentale. Abū Bakr aurait été le premier à le pratiquer.

La rābita (الرابطة — le lien)

Rapport très étroit entre le maître et ses disciples. Le maître dispose d'une capacité de pénétration spirituelle lui permettant de lire le livre du disciple — présent ou absent. Le novice se concentre sur l'image de son maître entre ses deux yeux.

Étymologie : Naqsh (نقش = image) + band (بند = attacher). Le lien avec le maître est unique et définitif.

Développement spirituel

Par purification des organes subtils (laṭāʾif لطائف — centres d'énergie intérieurs) avec l'aide du maître. Le disciple visualise le maître, s'annihile en lui, puis le maître retire son image → annihilation en Dieu.

Distinction : taṣwīr (تصوير — créer une forme extérieure, interdit) vs taṣawwur (تصور — imaginer une forme intérieure, autorisé).


Expansion géographique

  • Sirhindī (m. 1624, Inde) : figure majeure, Maktūbāt, considéré comme le mujaddid (مجدد — rénovateur) de son siècle. A opposé à la doctrine de waḥdat al-wujūd l'unicité du témoignage (waḥdat al-shuhūd وحدة الشهود)
  • Bābur (m. 1530) : premier empereur moghol, favorable aux Naqshbandīs
  • Diffusion en Inde, Iran, Afghanistan, Anatolie, Balkans, Arabie, Irak
  • Shaykh Khālid (m. 1827) : sommet de l'ordre, maître kurde → réseau de zāwiya dans l'Empire ottoman
  • Rôle dans la résistance anticoloniale au Caucase et en Tchétchénie

Les Onze Paroles (الكلمات الأحد عشر)

Principes attribués à Khāliq (et non officiellement à Naqshband) :

  1. Hūsh dar dam — Surveiller sa respiration
  2. Naẓar bar qadam — Regarder où l'on pose le pied
  3. Safar dar waṭan — Voyager vers la patrie (le monde des réalités)
  4. Khalwat dar anjuman — Retraite dans la communauté
  5. Yād kard — Se rappeler Dieu à chaque instant
  6. Bāz gasht — Se tourner vers Dieu
  7. Nigāh dāsht — Concentration et vigilance
  8. Yād dāsht — Remémorisation
  9. Wuqūf-i zamānī — Examen des actes
  10. Wuqūf-i ʿadadī — Contrôle des litanies
  11. Wuqūf-i qalbī — Contrôle du coeur

Rapport avec Ibn ʿArabī

Ibn ʿArabī est le cadre conceptuel et doctrinal le plus fréquent dans le cadre naqshbandī, adopté dès le XVe siècle. Sirhindī a critiqué Ibn ʿArabī mais est dit l'avoir accusé à tort — il aurait en réalité opposé waḥdat al-shuhūd à waḥdat al-wujūd tout en reconnaissant la grandeur de l'oeuvre akbarienne.


Liens

  • [[../personnages/ibn-arabi]] — Ibn ʿArabī et l'Akbariyya
  • [[formation-soufisme]] — Formation du soufisme
  • [[khalwa-retraite-spirituelle]] — La Khalwa